École Mosaïque Nantes

Enfant TDAH à l’école : quand le regard de l’école abîme les familles

Enfant qui a honte en classe et enseignant qui juge

La scène est banale.

Un rendez-vous avec un enseignant.
Un bulletin scolaire.
Quelques phrases prononcées presque machinalement.

« Il est intelligent mais… »
« Il pourrait réussir s’il faisait des efforts. »
« Il doit apprendre à se contrôler. »

Quand on est parent d’un enfant TDAH, ces phrases reviennent souvent.

Trop souvent.

Et à force de les entendre, on comprend qu’elles disent autre chose.

Elles disent que le problème serait l’enfant.
Ou l’éducation qu’il reçoit.

Le moment où le doute s’installe

Au début, les parents cherchent à comprendre.

Ils discutent avec leur enfant.
Ils mettent plus de cadre.
Ils passent du temps sur les devoirs.

Puis les remarques continuent.

Alors ils consultent.

Un bilan neuropsychologique coûte souvent entre 350 et 500 euros.
Et ce n’est qu’un pédopsychiatre ou un neuropédiatre qui peut poser officiellement un diagnostic de TDAH.
Trouver un pédopsychiatre qui prend des nouveaux patients est souvent un vrai défi 😱

Entre les rendez-vous, les suivis et les adaptations, les familles s’engagent souvent dans un véritable parcours.

Pas parce qu’elles sont démissionnaires.

Parce qu’elles cherchent des solutions.

Ce que vivent les enfants

Un enfant TDAH ne se lève pas le matin en décidant de perturber la classe.

Mais il peut :

couper la parole sans s’en rendre compte
se lever sans autorisation
oublier une consigne au moment même où elle est donnée
perdre le fil d’un exercice
se décourager très vite
écrire difficilement

Dans une classe de 25 ou 30 élèves, ces comportements deviennent vite visibles.

Et ils sont souvent interprétés comme un problème de comportement.

Quand le regard devient un jugement

C’est là que quelque chose se fissure.

Car peu à peu, le regard posé sur l’enfant déborde sur sa famille.

On parle de manque de cadre.
On évoque une éducation trop permissive.
On suggère parfois une carence parentale.

Pour les parents, ces mots font mal.

Parce qu’ils savent l’énergie qu’ils consacrent à aider leur enfant.

Parce qu’ils savent les nuits passées à chercher des solutions.

Et parce qu’ils voient leur enfant faire des efforts immenses… sans que cela soit reconnu.

Une fatigue invisible

Avoir un enfant TDAH à l’école, c’est souvent vivre dans une vigilance permanente.

Anticiper les remarques.
Redouter les réunions.
Essayer d’expliquer encore et encore.

Et parfois, se sentir seul face à un système qui interprète les difficultés comme un manque de volonté.

Cette fatigue ne concerne pas seulement l’enfant.

Elle touche toute la famille.

Quand l’école devient une source de souffrance

À force d’entendre qu’il « pourrait mieux faire », certains enfants finissent par croire qu’ils sont simplement mauvais.

Ou paresseux.

Ou incapables.

Le stress monte.

Mal de ventre le matin.
Refus d’aller en classe.
Anxiété.

Dans certains cas, cela peut évoluer vers une phobie scolaire.

Ces enfants ne refusent pas d’apprendre.

Ils refusent un endroit où ils se sentent constamment en échec.

Ce qu’il faudrait changer

Les enseignants ne sont pas responsables de tout.

Mais le regard porté sur ces enfants peut changer beaucoup de choses.

Comprendre que derrière un comportement perturbateur, il peut y avoir :

une difficulté attentionnelle
une impulsivité neurologique
un trouble des fonctions exécutives
une fatigue cognitive énorme

Former les enseignants aux troubles du neurodéveloppement est essentiel.

Adapter certaines pratiques aussi :

consignes plus courtes
supports visuels
possibilité de répondre à l’oral
fractionnement des tâches
temps supplémentaire pour écrire

Ces adaptations ne sont pas des privilèges.

Elles permettent simplement à ces enfants d’apprendre dans des conditions plus justes.

Protéger les enfants… et leurs familles

Aujourd’hui, les diagnostics de TDAH sont mieux connus.

Mais le regard porté sur ces enfants reste souvent marqué par l’idée qu’ils « pourraient faire plus d’efforts ».

Tant que ce regard ne changera pas, on continuera à abîmer des enfants.

Et à abîmer leurs familles.

Parce qu’un enfant qui souffre à l’école ne souffre jamais seul.

C’est toute une famille qui porte cette réalité au quotidien.